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Magellan et le premier tour du monde de l’histoire

  1. Au commencement il y a les épices. 

Depuis que les romains ont mis les pieds en orient, on ne trouve plus une cuisine sans épices et même le grossier Moyen-Age n’a réussi à échapper à la dépendance. Dans les cuisines comme dans les églises les produits orientaux sont partout. Car ne l’oublions pas, pas un des bâtonnets d’encens consumés dans une chapelle n’a été élaboré en « Europe » et je ne vous parle même pas de l’opium ! 

De manière générale, tout ce qui vient de l’orient est à l’époque synonyme de précieux voir de chamanique (demandez à un apothicaire de vendre un flacon sans nom à consonance orientale dessus !). 

Mais comme tout ce qui vient de loin, les épices ont un cout et ceux qui en possèdent (tout du moins coté occident, car le poivre par exemple, pullule de l’autre coté du monde, mais ce n’est jamais le paysan qui bénéficie du fruit de son travail) sont extrêmement riches ! 

Dans les ports, les taxes sont payées en sacs d’épices et, ces dernières valent plus que l’or. Pour preuve, un homme immensément riche était nommé « sac à poivre » !

Rien d’étonnant alors à ce que les marchands soient prêts à tout miser pour en ramener dans les ports occidentaux. Et quand je dis tout, cela veut dire que seulement un bateau sur cinq revenait au port. Les autres étaient les proies des typhons et des pirates. Mais qu’importe les pertes (l’expédition de Magellan le montre) le marchand y trouvera toujours son compte ! À ces yeux, un sac de poivre à de toute manière bien plus de valeur que la vie d’un homme !

C’est Venise qui longtemps a tenu le monopole de ce commerce fructueux, il n’est donc pas bien difficile d’imaginer ses voisins, français, génois et espagnols en tête, cultiver une jalousie féroce à leur égard.

À cette jalousie envers les vénitiens il faut ajouter une certaine aigreur à l’encontre des égyptiens, turcs et Syriens qui forment une barrière infranchissable entre les Indes et l’Europe. Pour faire simple, aucune flotte sous pavillon chrétien n’avait le droit de naviguer sur la mer noire et tout le commerce devait passer entre leurs mains, ce qui faisait inexorablement gonfler les prix tout en diminuant les marges des commerçants européens. 

Et quand on parle de pognon, il est de suite plus facile de se fédérer. C’est ainsi que commence le temps des croisades. J’en profite pour souligner le fait que blablabla les lieux saints blablabla les infidèles… n’oublions pas que les croisades ont aussi pour but de casser les barrières pour ouvrir la voie des marchés orientaux aux commerçants bien de chez nous ! Rien de nouveau au soleil !

Tentative vaine, l’Egypte reste musulmane et l’Islam continue à occuper la route des Indes. Il faut trouver une autre solution. Une route libre, indépendante. C’est ce désir qui poussa Christophe Colomb à aller vers l’Ouest, Vasco de Gamma au Sud ou encore Cabot vers le nord.

L’entrée en piste du Portugal

Jusqu’au XIVe siècle, le Portugal n’avait pas accompli sa part de la mission européenne et comme toute jeune nation, son besoin d’ascension n’a d’égal que son dynamisme. Problème, le Portugal est loin de l’Europe « Là où s’arrête la terre et où commence la mer » ( c’est pas de moi mais d’un certain Luis de Camoes, grand poète du XVIème siècle) et si cette façade maritime peut sembler être son principal atout il faut savoir que la géographie de l’époque dépeint l’Atlantique comme une nappe d’eau illimitée et infranchissable…  Inutile pour eux de penser longer l’Afrique car toujours selon les cartes de l’époque (je  balance c’est Ptolémée le génie du crime !) le continent africain est relié à l’Antarctique et donc incontournable. En gros, le Portugal n’a aucune ouverture sur la Méditerranée = LOSER !

Folie des ambitieux, Enrique, un roi portugais décide de croire que Ptolémée s’est trompé. Il veut penser qu’il y a quelque chose de l’autre coté de l’océan, qu’une route maritime peut-être trouvée. Et on comprend qu’il voua son existence à donner corps à cette idée car si en l’état actuel, le Portugal est loin de tout, s’il a raison, le Portugal deviendrait le tremplin de l’Europe.

Ce n’est malheureusement qu’après sa mort que tout s’accéléra. En 1471, on atteint l’équateur et finalement en 1486 la prophétie du roi Enrique s’accomplit : un navigateur portugais franchit le cap de Bonne Espérance et c’est Vasco de Gamma qui pour la première fois tracera une route maritime des Indes.

Grace à es découvertes, pendant que les « grands » d’Europe jouent à la gueguerre, le Portugal ne cesse d’accroitre son champs d’action jusqu’à devenir la première nation maritime du monde ! D’autant plus que le roi Enrique avait eu la bonne idée de faire garantir aux portugais par brève spéciale du pape la propriété de tous les continents qu’ils découvriraient lors de leurs expéditions au dessous du cap Bojador (pour vous donner une idée, ça veut dire que chaque fois que les portugais crient « TERRE EN VUE » plus loin que les Canaries, hop ils obtiennent un nouveau territoire. Toute terre étant considérée comme vierge à partir du moment où aucune croix chrétienne ne coiffe le sommet d’une cahute).

Si l’on peut dire que dans un sens tout geste héroïque est irrationnel, et s’il est certain que la foi expansionniste des portugais leur aura souri jusqu’à les propulser au sommet de l’Europe à la fin du XVe siècle, les hauts faits d’une nation profitent toujours aux autres. D’autant plus qu’avec un tel jeu en main, le Portugal commence à faire des choix plus calculés.  C’est ainsi que Christophe Colomb est remercié lorsqu’il présente devant la cour son projet d’aller chercher une route vers l’Ouest. À quoi bon chercher une nouvelle route alors qu’ils venaient à peine d’en trouver une ! Ainsi, c’est sous pavillon espagnol qu’il fait sa découverte. 

Il faut savoir que même si Colomb s’est planté (lui ne démordra pas et affirmera toute sa vie qu’il a trouvé une nouvelle route des Indes), les portugais, qui s’étaient vu attribués la propriété de tous les pays découverts sur la route de l’Est on surtout peur de se voir coiffés au poteau par l’Espagne et sa satanée route à l’Ouest !

Grotesque acte raisonnable…

Si une guerre est sur le point d’éclater, le pape décide de répartir entre portugais et espagnols les parties du monde inconnues. Il coupe le globe en deux.

Maintenant, portugais et espagnols n’ont plus qu’à prier pour savoir si les Indes sont à l’Est ou à l’Ouest de cette ligne. 

Fernand de Magellan

Hommage à Magellan sur la Plaza Del armas de punta Arenas

C’est donc dans ce contexte de course aux épices qu’arrive Fernand de Magellan. Ce portugais né né en 1480 est depuis toujours enthousiasmé par la navigation et les voyages d’exploration.

Le navigateur s’engage d’ailleurs dès 1505 dans la flotte de Francisco de Almeida et l’armée portugaise du roi Manuel 1er. Il va ainsi battre le fer et tenter de mettre à mal le monopole maritime des musulmans en Afrique et en Indes et partir à la conquête de la route des épices.

Le 11 septembre 1509, à Malacca (le plus ancien port de Malaisie), une embuscade attend l’équipage, il s’en échappe par miracle. Il ramène de cette expédition Henrique, un esclave qui deviendra son fidèle compagnon. Pendant son voyage, il sauve également la vie à Francisco Serrão. Les deux homme commenceront une vrai bromance.

Malacca, l’endroit où la graine a été semée 

Le navigateur retournera à Malacca en 1511 pour participer à la prise du port. Cette conquête stratégique permettra l’ouverture du chemin des épices vers les Moluques (archipel à l’est de l’Indonésie), où son ami Serrão s’établit.

Les deux hommes correspondent par courrier, et avant de quitter la région, Magellan promettra à Serrão de revenir le voir par une nouvelle route, plus rapide… à l’ouest.

Cette idée le le quittera plus jamais. Rentrant en  1512 au Portugal, il présente son projet de voyage au cosmographe Rui Faleiro qui devient son associé. et Ensemble, ils étudient la faisabilité d’un trajet permettant de contourner l’Amérique par l’Ouest, exploitant un passage au sud du Brésil que d’ancien récits de voyageurs ont évoqués sans que quiconque n’y prête attention.

Au début de l’année 1513, le navigateur est envoyé combattre au Maroc à Azemmour, où il est blessé au genou, le laissant boiteux jusqu’à la fin de ses jours. Cerise sur le pompom, ses techniques de management, justes mais extrêmement stricts font qu’il est accusé, probablement par ses hommes, de commerce illégal avec les Maures. Il tente de se défendre auprès de Manuel 1er, et, malgré l’abandon des accusations de malversation, le roi le reçoit comme une merde et rejette toutes les requêtes de Magellan qui, plus qu’une pauvre réévaluation de pension, venait surtout prendre la température auprès de son souverain qui a priori n’était pas disposé à écouter les projections du conquistador sur la possibilité du route vers l’Ouest.

Le début d’un projet fou

Il décide donc de ne pas faire part de son projet à la Couronne, qui bénéficiait déjà du commerce des clous de girofle des Moluques et de la muscade de Banda, et décide en compagnie de Faleiro, d’aller offrir leurs services au roi d’Espagne, Charles 1er (le futur Charles Quint). L’explorateur et son associé y élaborent pour la première fois, un itinéraire maritime qui utiliserait la rotondité de la Terre. Le roi est séduit et leur donne une quasi-carte blanche. 

Bon les bateaux sont à bout de souffle mais les compte en banques pleins et dès qu’un problème se pause, Magellan en fait part au roi qui s’empresse de rédiger une petite lettre faisant comprendre que quiconque ralentirait le projet serait considéré comme un traitre à la couronne. 

En mars 1518, Charles 1er nomme les deux associés capitaines, puis commandeurs de l’ordre de Santiago.

À partir de là, Magellan aura une année pour préparer son expédition. Les bateaux sont gonflés à bloc de vivres et de matériels en tout genre censé supporter aussi bien les températures extreme du pole sud que la chaleur des îles. La rigueur et l’expérience de Magellan fait que l’inventaire est impeccable et sans cesse vérifier. L’équipage d’environ 250 hommes est composé de tous les bras cassés en mal d’aventure… et de vaches qui fourniront du lait frais… avant de faire de bons steaks. 

Le grand départ

Le 20 septembre 1519, le navigateur lève l’ancre depuis le port de Séville. Parmi l’équipage, Antonio Pigafetta, un italien, tient un journal de bord qui figure comme la principale source d’information concernant ce voyage.

Magellan, grand capitaine de la flotte, sera secondé par des espagnol. Pas fou le Charles 1er qui malgré, sa confiance en Magellan n’oublie pas pour autant qu’il est portugais.

Au bout d’une semaine, les cinq navire atteignent les Canaries et poursuivent en longeant la côte d’Afrique et en traversant l’Atlantique où l’équipage doit faire face à des conditions météorologiques difficiles avant d’enfin apercevoir la côte brésilienne fin novembre.

Pas de pitié pour les mutins

Deux semaines plus tard, la flotte pénètre dans la baie de Rio, deux semaines supplémentaires pour atteindre le Rio de la Plata. Néanmoins, le passage vers l’Ouest étudié en amont reste introuvable, ils n’auront d’autre choix que d’hiverner en Patagonie. Le 31 mars 1520, alors que la flotte a trouvé refuge au port de San Julián, une mutinerie éclate.

Trois équipages, sous le commandement de Cartagena, Mendoza et Quesada se soulèvent, emplis de toute concernant l’existence du dit passage, et craignant pour leur survie. Mais Magellan est un fin stratège et malgré l’infériorité numérique, reprend le dessus. Mendoza est égorgé pendant la bataille, Cartagena est abandonné sur un littoral désert tandis que Quesada  préfère être décapité plutôt qu’abandonné en Patagonie en hiver (quand je vous dis qu’il faisait froid !). Les autres mutins se verront amnistiés, mais certains subiront la torture de la cale.

Le principe de la cale est simple : Attachez une corde  aux poignées du mec qui le mérite tout en oubliant de prendre une corde assez longue pour atteindre le niveau de l’eau. Si vous êtes vraiment vénère attachez lui les mains dans le dos. Ainsi, l’homme balancé par dessus bord verra sa chute brutalement stoppée par votre erreur d’inattention. Efficacité garantie, autant en ce qui concerne la douleur de votre victime qui ne lèvera plus le petit doigt pour vous contredire (enfin il ne lèvera plus le bras d’un moment de toute manière) que du point de vue du spectateur qui ne viendra certainement pas vous chier dans les bottes pendant quelques temps.

Le pacifique, où l’on apprend que le temps peut-être long

Le 18 octobre, quatre navires reprennent la route du passage vers l’Ouest. Le Santiago s’étant échoué pendant une mission de reconnaissance. Trois jours plus tard, le navigateur atteint enfin l’entrée qui au passage n’était pas du tout l’endroit indiqué sur les cartes sur lesquelles il avait tout misé. 

La traversée durera 27 jours, mais seulement trois navires arrivent au bout de ce détroit. En effet, au milieu du trajet, le San Antonio disparait. Au fond des flots ? Non non ! Une nouvelle rébellion de mutins au nez pas trop creux. Le navire rebrousse chemin et retourne vers Séville.

L’expédition continue sa route sur l’immensité du Pacifique que Magellan nomme ainsi de part le calme qui règne sur ces eaux. Pendant presque quatre mois, l’équipage souffrira du manque de vivres, sans terre sur laquelle accoster et se réapprovisionner.

Le scorbut et le béribéri attaquent l’équipage, mais ne feront que neuf morts. L’on suppose que la consommation de céleri sauvage récolté pendant la traversée du détroit aurait été salvatrice. Le 6 mars 1521, l’explorateur et son équipage touchent au but et voit une terre ! Ils accostent sur l’ïle de Guam (constituant une partie de l’archipel des Mariannes). Magellan envoie son fidèle esclave/conseiller en éclaireur et miracle… Henrique comprend le dialecte parlé. Cela signifie que Magellan a atteint son objectif. Il est arrivé à rejoindre cette partie du globe par l’Ouest ! Les navires se ravitaillent malgré un pillage des indigènes locaux. Antonio Pigafetta renomme ces terres «les îles des Voleurs ».

Les Philippines, on l’on apprend qu’il ne faut pas Grier victoire trop vite

La flotte met ensuite le cap sur les Philippines où elle accoste le 17 mars. Cette fois-ci elle sera bien accueillie par les habitants. Magellan qui, comme je vous le disais, avait tendance à être plutôt extrêmement exigent avec ses équipages, n’en demeure pas moins juste et droit. Ainsi il se distinguera des autres conquistadors par sa volonté d’échange et de dialogues avec les peuples qu’il rencontrera. Il entreprend une mission de conversion au christianisme, le roi Humabon de l’île de Cebu accepte et se voit lui ainsi que son peuple, recevoir le baptême. En guise de remerciement, Magellan décide d’aller rendre une petite visite au roi Lapu-Lapu de l’île de Mactan qui n’est pas le meilleur ami des nouveaux amis de l’Espagne. 

Le problème c’est que, sans doute dans l’euphorie de sa découverte, Magellan est, pour la première fois victime de sa confiance.

C’est un mutin qui réalisera le rêve fou de Magellan

Ainsi, il ne s’entoure que de quelques dizaines d’hommes armés pour aller rendre visite au roi dissident. Il pense qu’une démonstration de force se résumant à quelques tirs de canon, des armures qui brillent et repoussent les flèches des indigènes, suffira à faire plier le roi sans en arriver à une réelle confrontation. Cette erreur d’appréciation aura été fatale à Magellan qui meurt au combat. Il reçoit une flèche empoisonnée dont le venin est si puissant qu’il entraîne la mort de façon immédiate.

Mais la défaite se transforme en humiliation quand le roi refusa de rendre le corps de Magellan à ses hommes (la tradition veut que l’on mange le coeur des braves adversaires dans ces contrées).

Cerise sur le gâteau, le roi Cebu qui s’est rendu compte que les espagnols ne sont pas les semi-dieux qu’il s’était représenté leur tend une embuscade au cours de laquelle 26 marins périssent, les autres parviennent à s’enfuir.

Les rescapés se réfugient un peu plus loin mais sont tenus d’abandonnent un navire, faute d’hommes pour le manœuvrer. Ils blindent donc de vivre le Victoria qui partira seul vers les Moluques. Le Trinidad tente un retour par le Pacifique, mais l’état du navire nécessitant d’importants réparation et finit par se faire assaillir tandis que l’équipage sera capturé par les Portugais. 

Ironie de l’histoire, c’est l’ancien mutin Elcano, qui imposera son autorité sur le Victoria, et poursuivra sa route à travers l’océan indien et le cap de Bonne-Espérance avant de rejoindre l’Espagne le 6 septembre 1522.

Environ 18 hommes débarquèrent de ce périple et 12 faits prisonniers par les portugais au Cap Vert reviendront quelques semaines plus tard.

Le Victoria serait donc le premier navire ayant effectué le tour du globe.

Réplique du Victoria

Le coup de grâce

Pour la petite histoire, le roi écoutera la version d’Elcano, l’ancien mutin expliquera que Magellan a été victime de son arrogance et de son mauvais commandement et, au lieu d’être jugé, il  sera érigé en héros. Par ricoché, on ne respectera aucune des volontés que Magellan avait couché dans son testament. Sa famille ne touchera rien de l’énorme pactole que rapporte ra le seul Victoria et henriqué ne sera pas libéré…

De même, je vous laisse imaginé l’état dans lequel devaient être les mutins revenus en cour de route. Ils avaient expliqué au roi que l’expédition avait échoué et avaient été récompensés malgré tout pour cette tentative audacieuse. 

Mais la couronne ne voulait pas ternir cet exploit qui place l’Espagne en héros de l’histoire. Ainsi de nombreux documents auront été détruits sous le regard impuissant d’Antonio Pigafetta, fidèle parmi les fidèles de Magellan. Malgré son journal de bord scrupuleusement tenu chaque jour de ce voyage. Par contre, sa rigueur lui permettra de se rendre compte qu’il y a un décalage entre le jour inscrit sur son journal et le jour réel de leur arrivée. Ainsi, il sera, de manière totalement infortunée;, le premier à apporter une preuve qu’il y a une décalage horaire qui fait que l’on gagne ou perd un jour en fonction de notre sens de rotation lors d’un tour du monde (moi j’ai « gagné » un jour par exemple).

Pour ceux qui ont la flemme de me lire

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