La Patagonie en hiver

Depuis le début de mon voyage, les livres audio m’aident à passer le temps durant les longs trajets. En Australie, un peu par hasard à vrai dire, j’ai téléchargé la biographie de Magellan par Stefan Zweig : Un pure moment de plaisir. 

Ecrit comme un véritable roman d’aventure, je conseille sa lecture à tous les capitaines de pédalos cet été. Il y est question d’histoire, de guerres, de tour du monde, de découvertes mais aussi de complots, de mutineries… Zweig nous sort le grand jeu et nous tient en haleine tout au long de son récit. Si bien que durant le reste de mon séjour, je n’ai cessé de me dire que la grande découverte de Magellan, le détroit qui désormais porte son nom et qui changea à jamais notre vision du monde (depuis, nul doute possible, la terre est bien ronde et en prime on découvre le décalage horaire), est… au Chili. 

Avec le détroit de Magellan en toile de fond

Heureux hasard, ma prochaine étape se trouve justement être l’Amérique du Sud et le Chili est mon premier point de chute. 

Bon celle-ci elle reste entre nous hein !

Je me dis alors qu’il serait bête d’avoir été si captivé par un livre et de passer à coté de la chance d’aller voir de mes propre yeux le détroit de Magellan alors que je me trouve à coté. Oui, lorsque l’on voyage et que l’on a un peu de temps, 3000km ne représentent pas une limite ! Une saison jugée hostile peut-être un peu plus mais bon, la  graine avait germé, je ne pensais désormais plus qu’à ça. 

Je commence donc à me documenter. J’avais fait, à regret, une croix sur la Patagonie justement  à cause de la saison. Déjà que la météo peut être difficiles en été (vent), qu’est-ce que cela doit-être en hiver. J’avais lu des articles sur les routes bloquées par la neige, les parcs fermés et les bateaux annulés pour cause d’intempéries trop régulières… Que cela ne tienne, j’ai 15 jours devant moi et je viens de trouver un vol à 40€ qui rallie Santiago à Punta Arenas. Je verrai bien sur place !

Dès mon arrivée, le choc a été brutal. D’abord, car les -3°c m’ont rappelé que rien ne servait de sans cesse vouloir aller vers le sud pour chercher la chaleur (note pour moi même : prévenir les oiseaux migrateurs qu’une ligne imaginaire appelée « Équateur » provoque un effet miroir. Au sud de cette ligne, il faut remplacer la réplique « c’est le nord ! » par « c’est le sud ! »). Ensuite car le verglas sur les trottoirs me fait prier à chaque pas pour que je ne me fasse pas une fracture du coccyx. 

Je me mets rapidement à la recherche d’une agence proposant des excursions. Punta Arenas borde le détroit de Magellan, mais maintenant que j’y suis, je veux naviguer dans le sillon de l’explorateur !

Hommage à Magellan sur la Plaza Del armas de Punta Arenas

La chose n’est pas simple. Le tourisme n’est pas des plus développé en cette période et les trois premières agences me font comprendre qu’il allait m’être difficile de trouver mon bonheur. 

Je finis par tomber sur la bonne. Elle organise des excursions à la journée en terre de feu (ça claque comme nom). Au programme, navigation sur le détroit de Magellan, visite d’un petit musée pour tenter de mieux comprendre l’histoire du coin et manchot royal. Problème,  à 22h, je reçois un mail. Je suis le seul à m’être inscrit et le tour est donc annulé… merde. 

Le lendemain matin je retourne à l’agence pour me faire rembourser mais l’agent me propose de reporter d’une journée mon excursion. Un groupe de six personnes s’est inscrit ce qui fait qu’à part pour intempérie, la sortie aura bien lieu. Je change donc la date et vais fêter ça à 7km de Punta Arenas dans un musée en plein air proposant des répliques de bateaux à l’échelle 1. Le Victoria, unique bateau de la flotte de Magellan à être revenu en Espagne (sur cinq, le ratio est plutôt faible… 18 marins sur 250…) est la pièce phare de cette étrange collection. 

Réplique du Victoria

C’est assez dingue de se retrouver dans ce bateau en hiver. Il fait froid et on peut se projeter à la place des marins, bloqués plus d’un mois dans des conditions similaires… Le temps ne devait pas être à la fête tous le jours !

Le lendemain, alors que je me levais tranquillement à 6h15 pour me préparer et prendre mon petit déjeuner, le guide m’attendait déjà à la porte, je n’ai rien compris d’autant que cela fait deux jours que je suis ici et lorsqu’il m’explique que je suis en retard, je comprends que je ne m’étais pas aperçu qu’il y avait un décalage horaire d’une heure entre la Patagonie et Santiago (bonjour, bonjour, j’atterris !).

La journée à été longue, pas des plus interessante mais j’ai tout de même vu des manchots royaux et après les plus petits pingouins du monde à Phillip’s Island (Australie), ça fait des nouveaux pokemons à rajouter à ma collections des animaux vus en voyage !

Sinon le guide et les explications du musée ont confirmé ce que Zweig expliquait déjà très bien dans la bio de Magellan. À savoir, que la terre de feu porte son nom car lorsque le navigateur passait devant les cotes de la régions, il ne voyait pas la trace d’un Homme mais pouvait les repérer la nuit grâce aux feux qu’ils faisaient et qui tachetaient le paysage de petits points jaunes dansants. 

Enfin lorsqu’il finit par en rencontrer un… il s’avéra que c’était un géant. En effet, dans le récit publié par Antonio Pugafetta (qui a tenu un journal de bord durant l’expédition de Magellan) il est fait référence à une rencontre avec un géant tout en signalant que le capitaine appela les habitants de cette région Patagons. Des interprétations se sont développées autour de l’idée de grands pieds d’où la Terre des Grands Pieds (Tierra de Patagonies ou Patagonia) construite avec Pata (pied en espagnol). D’autres ont affirmé que ce nom a été donné à ces peuples indigènes car considérés comme incultes et rustres et, donc patán en espagnol, pataud en français, signifiant quelqu’un dont la personne et les manières sont lourdes.

On dit également que Magellan leur donna ce nom parce que leur apparence lui rappela Patagon, le monstre à tête de chien d’un roman espagnol du 16e siècle.

Le guide a choisi son camp et nous raconte que le sens du nom vient de « la terre des grands pieds » mais en même je l’imagine mal nous dire « oui oui ! Nos ancêtres étaient de sacrés neuneus ! » ou « bah quoi ?!? il n’y a pas de mal à ressembler à un chien ! ».

Après Punta Arenas, direction Puerto Natales, porte d’entrée du parc Torres Del Paine. Seulement 3h de bus séparent les deux villes et les paysages font passer le temps rapidement. 

Arrivé à Puerto Natales, mon auberge se propose d’organiser ma première sortie dans le parc. Un tour d’une journée pour avoir une vue d’ensemble de ce qui s’avérera un des plus beaux parcs que j’ai jamais vu. (Info voyageur : Pendant la saison basse, pas de bus et le taxi coute aussi cher que la journée organisée avec agence).

Le lendemain matin, je comprends la réputation du parc. Un climat changeant et des condition arides. J’échappe au vent mais pas aux -8°c qui me cueillent dès la sortie du lit. 

Malgré tout, je ne m’attendais pas à prendre une telle claque. Les paysages sont fabuleux, la neige et la glace offrent une lumière, des reflets, que seul l’hiver peut proposer et le fait d’avoir le parc quasiment pour nous (nous étions dix et avons croisé une douzaines de personnes en tout) nous a fait nous sentir comme des privilégier auxquels la nature offre ce spectacle merveilleux.

Découverte du Mate

Je suis tellement emballé que malgré le manque d’équipement (je suis en baskets…) je décide de partir faire un trek de 20km le lendemain afin d’aller voir de plus près les fameuses « Torres » (tours), emblèmes du parc qui porte son nom en leur honneur. 

Je vais quand même louer des crampons avant de partir à l’aventure, enfile une paire de collants et rejoins un croupe de quatre autres personnes et un guide pour ce trek. 

Personne ne parle anglais, et seul le guide pouvait m’expliquer sommairement à quelle sauce nous allions être mangé et m’apprendre à lire les paysages. Malheureusement deux des quatre autres randonneurs ne se sont pas sentis capables d’aller au bout et nous ont abandonné après 3 km. Le guide nous a proposé de continuer seuls tandis qu’il fera un parcours plus simple avec le couple. 

Me voila donc embarqué pour la suite du trek avec Angelo et Fernanda, un frère et sa soeur en vacances dans le sud du pays. Angelo avait déjà fait ce trek en été et le fait qu’il soit militaire avait rassuré le guide qui lui céda les commandes. 

C’était plutôt drôle car même si leur anglais se limitait à des mots de base, ils avaient l’air autant bavards que moi alors nous avons tout essayé pour communiquer, nous servant de nos batons pour dessiner dans la neige, cherchant des mots de substitutions et finalement, nous nous en sommes plutôt bien sortis !

De retour à Puerto Natales, je décide de prendre un jour de repos, il me fallait laver mes affaires et, avouons le, digérer les 20km de marche avec des crampons qui, même s’ils m’ont certainement évité quelques cascades, avaient la fâcheuse tendance de me clouer au sol !

Il me fallait également en profiter pour organiser la suite de mon voyage en Patagonie. Malheureusement c’est là que j’ai touché les limites d’une telle expédition en hiver. Je voulais aller sur l’ile de Chiloé avant de rentrer à Santiago, mais sans ferry, il ne restait plus que le bus, or, les deux routes principales étaient fermées ce qui m’aurait obligé à passer par l’Argentine pour un trajet de 32h jusqu’à Puerto Montt et de 8h jusqu’à Castro, ville de l’ile la plus proche du continent. Le temps sur place aurait été bien trop court sachant qu’il m’aurait encore fallu entre 15 et 20h pour rejoindre Santiago avant mon départ sur l’ile de Pâque. Le jeu n’en valait pas la chandelle, je me suis donc résigné à redescendre vers Punta Arenas pour prendre un vol et rentrer à Santiago.

Malgré tout, je ne regrette pas une seule seconde ce choix d’aller découvrir la Patagonie en hiver, et le peu que j’ai vu m’a donné une farouche envie d’y revenir, avec un peu plus de temps devant moi !

2 Comments

  • Aurélie

    23 novembre 2018 at 11 h 26 min

    Bonjour et merci pour ce chouette article !
    Je me posais la question d’aller en Patagonie en hiver austral, et ton article me motive bien pour l’hiver prochain… Tes photos son superbes, et c’est vrai que voyager hors saison comporte bien des avantages.

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    • Guillaume

      26 novembre 2018 at 1 h 12 min

      Il y a quelques inconvénients pour les transports et l’organisation de treks. Mais même si je ne me suis pas assez bien débrouillé, j’ai croisé 3 groupes de voyageurs qui on fait le « W » dans Torres Del Payne en Juillet. C’est faisable !

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