La circulation en Asie

Comme vous le savez, ou comme les nouveaux membres de la communauté vont peut-être l’apprendre, je suis malvoyant. Je ne vais pas m’étendre sur la description de mon handicap, vous pouvez allez lire l’article que j’avais écrit avant de partir.

Ceci-dit, cela fait quelques semaines que je voyage maintenant et je commence à avoir assez de recul pour vous livrer un premier ressenti quant à mes habitudes et ma manière de voyager. Aujourd’hui je vais vous parler de la circulation en Asie ! Vaste programme !

Si des enfants y arrivent… pourquoi pas nous !

Le code de la quoi ?

Ce n’est pas anodin que j’écrive cet article au Vietnam, c’est en effet ici que je me sens le plus « agressé » par la circulation.

De manière générale, la conduite des asiatiques est pour le moins sportive et bien malin celui qui se dit capable de comprendre comment réfléchit un conducteur de scooter dans les rues de Bangkok.

Mais, depuis quelques jours, je me rends compte que même le pire conducteur thaïlandais n’arrive pas à la cheville d’un conducteur lambda vietnamien.

Ici, oubliez les feux, ne comptez pas sur les passages piétons et n’essayez même pas de vous réfugier sur les trottoirs. Les vietnamiens sont les rois du slalom et plutôt que de s’arrêter, ils klaxonnent afin de dire qu’ils vont passer. Cela crée une klaxophonie incessante qui me désoriente complètement. Je pense que cette technique est due au fait que personne ne leur a expliqué à quoi sert un rétroviseur, mais c’est une interprétation comme une autre. En cas il y a des tonnes de mariages partout et tous les jours au Vietnam !

En France, une instructrice en locomotion m’avait accompagné quelques heures dans les rues de Marseille puis d’Arles (ah ce fameux croisement du boulevard des lices… je le prendrai en moonwalk à mon retour !), ceci afin de me donner quelques conseils quant à l’analyse de la circulation. Ne pouvant pas voir les feux piétons (ah ce fameux croisement du boulevard des lices) je me fis désormais beaucoup au son des moteurs et j’ai appris à anticiper les déplacements des véhicules (calcul des trajectoires et tout, je suis un robot en vrai !). Enfin je rigole mais du coup, avec tous ces Klaxons et le fait que le code de la route serve de cale porte au Vietnam, me voila bien embêté pour tenter de traverser dans les grandes villes. L’avantage c’est qu’ici tout le monde est à la même enseigne. Alors on fait notre prière et on se lance !

Je me suis d’ailleurs rendu compte que s’il n’y a pas de code de la route il y a un code tacite entre les différents usagers. Le camion ou le bus a la priorité sur la voiture, qui a la priorité sur le scooter, qui lui même à la priorité sur le vélo. Je vous laisse deviner la place du piéton dans tout ça. Mais malgré tout, ce dernier peut compter sur une règle : « Une fois que tu es lancé ne t’arrête pas ! Les autres s’occupent de tout ! ». En effet, avec la pratique, je me suis rendu compte que si je veut traverser à un croisement, personne n’aura pitié de moi en me voyant attendre sur le bord de la route. Par contre, si je me lance, personne ne m’engueulera et tant que je maintiens la cadence, les scooters et voitures se débrouilleront pour m’éviter. Faut quand même avoir confiance. Je me suis ainsi retrouvé sur le capot d’une voiture (au Laos) et à Hoi An une pote s’est fait bousculer par un scooter qui était trop occupé à envoyer un texto. Heureusement, dans les deux, cas plus de peur que de mal !

Born to be wild

À part le fait que je perds tous mes repères au Vietnam, RAS. Je peux même dire que je suis plutôt à l’aise et même vous avouer que j’ai fait une bêtise en Thailande (il y a prescription non ?).

À l’époque, je voyageais avec Mathilde. Nous faisions la boucle Pai/Mae Hong Son et pour découvrir la campagne environnante, il nous fallait obligatoirement louer un scooter. Mathilde n’était pas rassurée, et pour cause elle n’avait jamais conduit de scooter de sa vie. Elle n’avait pourtant à priori pas trop le choix : Je n’ai pas le permis.

Sauf que l’agence qui louait les scooters faisait passer une sorte de mini examen pour s’assurer que l’on savait manier un scooter et, de nous deux, j’étais le seul a déjà avoir conduit. En effet, avant de perdre une bonne partie de ma vue, j’avais une magnifique 103 dont le méga pot que j’avais rajouté brulait les mollets des filles que je Chalais (sondage express : qui ne sait pas ce que veut dire « CHALER quelqu’un ». J’ai eu l’impression d’être un extraterrestre la dernière fois que j’ai employé ce mot ! Pour ce qui ne savent pas je vous demande de quitter ce blog expressément !).

Mathilde a donc choisi de prendre le risque de me laisser conduire. Se disant que si on était franc et que le gars refusait de lui louer le scooter, pourquoi il me le louerait à moi qui ne voit rien.

Je suis donc allé voir l’agence et me suis présenté sans rien dire. Cela a donné quelques situations assez drôles comme le fait que je ne puisse pas m’approcher pour remplir le formulaire, ni demander lorsque c’était écrit trop petit.

Finalement, j’ai pu passer le test qui se révélait être une  ligne droite de 50m un demi tour et une nouvelle ligne droite pour s’arrêter aux pieds de l’examinateur.

Une fois l’engin en main, il ne nous restait plus qu’a prendre la route.

Vous connaissez la fable de l’aveugle et du paralytique ? (je suis sur que pour les amis qui me lisent vous êtes tous déjà passé devant la statue à l’entrée de la cour de l’archevêché à Arles).

L’aveugle et le paralytique 

Aidons-nous mutuellement,

La charge des malheurs en sera plus légère ;

Le bien que l’on fait à son frère

Pour le mal que l’on souffre est un soulagement.

Confucius l’a dit ; suivons tous sa doctrine.

Pour la persuader aux peuples de la Chine,

Il leur contait le trait suivant.

Dans une ville de l’Asie

Il existait deux malheureux,

L’un perclus, l’autre aveugle, et pauvres tous les deux.

Ils demandaient au Ciel de terminer leur vie ;

Mais leurs cris étaient superflus,

Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,

Couché sur un grabat dans la place publique,

Souffrait sans être plaint : il en souffrait bien plus.

L’aveugle, à qui tout pouvait nuire,

Etait sans guide, sans soutien,

Sans avoir même un pauvre chien

Pour l’aimer et pour le conduire.

Un certain jour, il arriva

Que l’aveugle à tâtons, au détour d’une rue,

Près du malade se trouva ;

Il entendit ses cris, son âme en fut émue.

Il n’est tel que les malheureux

Pour se plaindre les uns les autres.

 » J’ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres :

Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.

– Hélas ! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,

Que je ne puis faire un seul pas ;

Vous-même vous n’y voyez pas :

A quoi nous servirait d’unir notre misère ?

– A quoi ? répond l’aveugle ; écoutez. A nous deux

Nous possédons le bien à chacun nécessaire :

J’ai des jambes, et vous des yeux.

Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide :

Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés ;

Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.

Ainsi, sans que jamais notre amitié décide

Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,

Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. « 

Jean Pierre Claris de Florian (1755-1794)

Si je vous parle de cette fable c’est que Mathilde a été mes yeux pendant les trajets et j’ai été les roues. Elle m’annonçait les feux, les animaux au bord de la route et je tachais de la mener d’un point -A- à un point -B-. C’est assez inconscient et même si je vous dis que nous étions dans les montagnes et que nous croisions très peu de voiture, vous me direz que ce n’est pas bien, et vous avez raison… Mais pour autant je me suis rarement senti aussi libre !

Expérience de dernière minute !

Je suis content d’avoir attendu avant de publier cet article. Car en effet, entre temps je sis allé au nord du Vietnam. Dans la province d’Ha Giang. Là-bas, une boucle est faisable en moto. Les guides en parlent peu, il n’y a quasiment pas d’article sur le sujet sur les blogs de voyage et pourtant tout le monde en parle comme un des plus beaux paysage qu’offre le Vietnam.

Il me fallait y aller, mais comment ? Les seuls personnes qui parlent de ce circuit l’ont fait en moto, or, je me suis promis de ne plus prendre de risque inutiles.

Apres quelques recherches, j’ai découvert que 3 des principales villes de la boucle sont relier par un réseau de bus locaux (aussi rare que rudimentaires, mis bus quand meme !).  La véritable interrogation pour moi était de savoir comment rejoindre Mes Vac depuis Dong Vac (les nom ne vous disent pour l’instant rien, mais un article complet viendra). Mais comme seulement 30 kilomètres séparaient les deux villes, je m’étais convaincu, qu’au pire, cela ne correspondait qu’à une grosse journée de marche.

Je me suis équipé pour. Ne prenant que mon appareil photo, ma camera, ma batterie externe et un imperméable pour 5 jours de voyage (pour le s plus perspicaces, vous vous rendrez compte que j’ai oublié de compter un ou deux caleçons de change dans mes affaires !).

Finalement, j’ai fait la boucle sans marcher plus que lors des visites que je m’étais organisé, j’ai pu voir l’ensemble des choses que je voulais voir et, cerise sur le gâteau, le fait de partir sans filet m’a encore davantage ouvert à faire des rencontres. Ainsi, arrivé à Ha Giang à 22H30 et sans logement, j’ai suivi un couple d’allemand jusqu’à leur hotel le premier soir. Nous nous retrouverons 3 jours plus tard à Dong Van, en ayant vu les même choses. Dans le bus entre  Tam Son et Dong Van j’ai également eu la chance de tomber sur un couple de jeunes retraités français qui n’avaient pas prévu de faire trop de moto. Ainsi, nous avons échangé nos coordonnées et nous sommes organisé pour privatiser un taxi pour 2 jours. Divisé par trois, cela nous revenait au meme prix que de louer un scooter à la journée et nous avions la même liberté avec en prime, un guide local gratuit !

Comme quoi, j’avais conclu l’article en disant que je ne m’étais jamais senti aussi libre qu’après mon aventure en scooter. Si cela reste vrai, je peux tout de même dire que de voyager sans moyen de transport individuel m’aura bien plus ouvert aux rencontres !

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