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Thailande : Pourquoi je ne suis pas allé voir les femmes girafes

De nombreuses ethnies ont, depuis plusieurs générations, élu domicile dans les montagnes au nord de la Thailande. Permis elles, les Karens sont peut-être les plus connues du reste du monde. La raison ? Certaines femmes portent des cerceaux autour du cou. On les appelle le « femmes girafes » ou « Long neck » (littérallement « long cou »).

J’avais dans un premier temps été plutôt attiré par cette coutume. Peut-être, dois-je l’avouer, en me disant que ça ferait de belles photos… Mais, comme à mon habitude, je me suis un peu documenté avant d’aller voir un de ces villages que l’on peut trouver vers Chiang Mai, Chiang Rai ou encore Mae Hong Son. J’ai lu plusieurs avis divers et variés mais tous s’interrogent sur le fait que cette tradition mutilatrice soit perpétuée.

Le raisonnement est simple. Les Karen vivent aujourd’hui du tourisme. Les villages sont visités et les femmes girafes font payer les photos. Sauf que la tradition veut que l’on commence à poser les premier anneaux sur les jeunes filles (environ 5 ans). Les arguments de ceux qui vont visiter ces villages est de dire que c’est grâce aux revenus générés par le tourisme que les Karens peuvent subvenir à leurs besoins.

Les plus réticents disent que finalement, si les touristes arrêtaient de vouloir payer pour prendre en photo ces femmes, peut-être que l’on arrêterait de poser des anneaux autour du cou de jeunes enfants. Certains emploient le terme de « Zoo humain » pour décrire ces villages.

Pour ma part, je me suis dis que, dans le doute, il valait mieux que j’aille glaner les informations nécessaires à assouvir ma curiosité dans un musée (ceci étant peut-être un peu dû à ma déformation professionnelle, je me dis que dans le doute, une expo dans un musée d’ethno m’en apprendra toujours plus que le selfie que j’aurais pris avec une de ces femmes au long cou qui aurait sans doute essayé de me vendre un bracelet « traditionnel » après). Si vous désirez trouver un musée sur le sujet, il y a le musée tribal de Chiang Mai. Moi j’ai profité d’une exposition temporaire au musée de l’Opium pour me documenter sur la question.

Lire l’article sur ma journée au triangle d’or : « Et si on parlait drogue ? »

Ce que j’en ai retenu :

Il faut d’abord savoir que les Karens n’ont pas toujours porté des anneaux autour de leur cou. Cette tradition, née de la volonté d’un chef sorcier, vient du fait que la tribu se faisait attaquer par les tigres. Les animaux les mordaient au cou ce qui était fatal aux victimes. Ainsi le sorcier a fait des sacrifices à la nature et a demandé que les enfants et les jeunes femmes non mariées portent ces anneaux pour les protéger du malheur (et au passage afin de ne pas voir le peuple Karen s’étendre…).

Au départ, les anneaux étaient en or mais quand ce dernier à commencé à se raréfier, ils ont commencé à les faire comme aujourd’hui, en laiton.

Un « collier » complet peut comprendre jusqu’à 25 tours et peser près de 8kg. L’ensemble est composé de 2 jeux d’anneaux. Le premier, qui s’appuie sur les épaules est la base porteuse du second. Les deux sets sont rassemblés par un boulon et peuvent être dissociés pour être lavés.

Les Jeunes filles, avec l’approbation des parents, se voient poser dans un premier temps des tiges d’or dès l’âge de 5 ans. Age jugé propice par le sorcier. Les tiges mesurent environ un centimètre de diamètre et sont posées autour du cou par la tête.

Au départ, on leur installe un tour de cou de 8 cercles qui pèse environ 1 kg. Après 3 ans, on rajoute 3 autres cercles et ainsi de suite jusqu’à leurs 25 ans ou jusqu’à ce que la jeune fille soit mariée.

Les bracelets et les tours de jambes sont devenus populaires bien plus tard et étaient offert comme cadeau.

Mais est-ce que les femmes girafes ont vraiment un long cou ?

C’est une question régulièrement posée. Il faut dire que visuellement, il y a de quoi le penser.

Pourtant, anatomiquement parlant, le cou des Karen n’est pas du tout étiré ! En fait, le poids des cercles compresse plutôt la poitrine et les clavicules. Si bien que les cotes sont poussées vers le bas ce qui donne l’impression que le cou de ces femmes est allongée.

Les cous des femmes girafes ont par contre des muscles plus flexibles et de ce fait affaiblis par rapport aux cous des autres personnes ce qui fait qu’enlever ces anneaux peut s’avérer dangereux. C’est pour cela que les femmes girafes ne retirent jamais entièrement leur cerceaux.

Vous avez vu, on en apprend des choses dans les musées !

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